Les 3 sources du mal intérieur

La sagesse bouddhiste les appelle les trois poisons, trois substances de l’être qui conduisent au mal, Dukkha, à l’intérieur de soi. Il nous faudra peu de temps pour poser un regard sur ces trois substances que nous connaissons tous. En nous abstenant de porter le moindre jugement, nous nous contenterons d’en observer les effets, dans ce monde de réalités incarnées.


L’ignorance, ou l’égarement

Revenons à la nature primitive de l’homme, celle que les scientifiques et chercheurs, paléontologues et historiens nous décrivent comme l’évolution de notre espèce. L’homme a découvert les vêtements, le feu, les outils, la roue, la poulie, les techniques de construction, et peu à peu a construit son Monde, le Monde actuel. Que cette évolution soit Darwinienne ou pas seulement importe peu, ce qui nous importe ici est le caractère profondément volontaire d’une espèce qui n’a eu de cesse que de croitre par ses découvertes. À chaque découverte majeure, c’est l’ensemble du collectif humain qui en a bénéficié, comme le feu par exemple. Il a bien fallu que l’homme cherche pour trouver, et même en admettant qu’il n’ait pas cherché, il a bien fallu à un moment donné qu’il fasse l’association entre ce qui se produisait devant lui, et un des besoins qui lui a fait question…


Avant que l’homme ne découvre comment produire le feu, il était ignorant non seulement de la méthode, mais aussi des bénéfices que le feu pouvait lui apporter. On peut imaginer qu’à cette époque, la seule possibilité pour lui de voir le feu était les incendies, destructeurs de la nature… Ce n’est qu’après avoir « domestiqué » le feu qu’il a pu prendre conscience de ses avantages. Tant que l’homme n’avait pas compris comment se génère le feu, il était en quelque sorte ignorant, et de ce fait, incapable de réchauffer un lieu, ou de cuire un aliment. Dans le mot ignorant, nous retrouvons ces trois lettres, IGN, que nous retrouvons dans le mot IGNition, mot anglais qui signifie allumage. Nous les retrouvons également dans le terme Ignée, qui sur le plan littéraire signifie : qui est du feu, ou sur le plan scientifique : qui est produit par l’action du feu. Le I évoque l’émergence de la nouveauté, le G se suffit à lui-même, entendu de la même façon que « j’ai », comme un appel à la possession. Le N peut également se suffire à lui-même, est-il alors nécessaire d’en écrire la sonorité ? Le N est la négation, l’appel à l’immobilisme, le risque majeur de l’ignorance. Alors que le feu créateur est en chacun, l’ignorance est un point de départ commun à toute forme de création, et l’homme n’y a jamais fait exception, que ce soit à des époques très reculées, ou aujourd’hui encore.


Chaque enfant qui naît en ce temps, comme en tous temps, vient à ouvrir les yeux sur un Monde dont il est totalement ignorant. Il n’est conscient que de son ignorance, et en cela il est supérieur, l’enfant, à bien des adultes autour de lui. Parce que l’enfant est conscient de son ignorance, l’enfant ne cherche qu’à apprendre, très vite il cherche à comprendre. C’est ainsi qu’un jour il sait marcher, parler, courir, faire du vélo, ou caresser un chat ou un chien. Tant que l’enfant a envie d’apprendre, il apprend, jusqu’au jour ou apprendre devient une obligation, et pour certains une contrainte. Pour certains il faudra apprendre ce qu’ils n’ont pas envie d’apprendre, et très vite l’envie d’apprendre sera remplacée par le confort de l’ignorance. Il y a aussi l’égarement, très semblable. De quel égarement parle t’on ? De cet égarement de l’humain intrinsèquement lié à l’ignorance, parce que l’ignorance conduit l’être à s’égarer de son chemin d’éveil. L’éveil est cette chose « perchée » pour ceux-là mêmes qui s’émerveillent devant un enfant qui s’éveille… Des parents qui pour certains, une fois leur enfant devenu grand, le mettront peut-être en garde contre les supposées sectes qui lui parleront d’éveil spirituel. Si l’éveil corporel ou intellectuel sont parfaitement acceptés et développés sur les plans de l’existence matérielle, l’éveil à l’émotionnel et spirituel sont bien souvent dissociés, voire occultés par nos sociétés. S’ensuit alors un égarement, un arrêt brutal du processus d’apprentissage des bons côtés de la vie, tout comme l’homme a pu découvrir les bienfaits du feu en le domestiquant. L’apprentissage ne se fera, contraint et forcé, que par la douleur et la souffrance (Dukkha), seulement parce que l’on sera resté ignorant des sources originelles de ces douleurs. Un tout premier pas vers la guérison de soi peut consister à seulement devenir conscient de son ignorance. Cela supposera irrémédiablement l’apprentissage de l’humilité face à ceux qui savent ce que l’on ignore, et de la compassion envers soi-même pour son ignorance. Alors peut être allumée la flamme de la connaissance.


Le désir, l’avidité ou la convoitise

Par le mot désir, nous entendons bien souvent le désir charnel. Je désire un homme, ou je désire une femme, et la question qui s’ensuit est la suivante : pourquoi ? Quel est le feu qui allume le désir ? Est-ce le corps ou est-ce l’esprit ? Est-ce l’émotion ou est-ce autre chose ? Reconnaissons que bien souvent nous désirons le corps, plus que le reste. Est-ce là une chose qu’il faudrait juger ? Je ne le pense pas, car nous sommes avant tout des êtres composés d’une âme incarnée dans un corps de chair. S’il a été dit et écrit que la chair était péché, cela n’est pas pour autant que cela est vrai, du moins en ce qui me concerne. Cela serait de facto renier l’origine de toute naissance, ou au pire admettre que le plaisir lié à la conception est mal, et qu’il faudrait non plus créer la vie dans l’amour, mais se contenter de procréer, comme des animaux. Il est osé de s’intéresser à ce sujet, non plus uniquement sur le plan psychologique et comportemental, mais également sur le plan philosophique ou spirituel, tout en acceptant l’attirance physique non conditionnée au désir. C’est en tout cas un moyen de prendre conscience de l’ignorance sous jacente à toutes ces questions, dans notre Monde actuel. Le désir nous évoque le besoin de posséder, qu’il s’agisse d’un corps, d’un être, d’un savoir, d’une image, ou d’un objet quelconque. Il est irrémédiablement lié à l’idée que l’être est attaché à la possession. C’est notre société, disons-le, qui nous a construit comme cela. Une société construite au fil des siècles sur un socle fait d’un mélange de religions et de morales laïques. Tout nous pousse au désir, à commencer par l’omniprésence envahissante de la publicité. Passent au travers des filtres publicitaires tout ce qui peut déclencher le désir de l’homme, ou de la femme. Le corps sculpté, la voiture de sport ou de luxe, la grande maison, mais aussi l’apparente réussite de l’individu. Le porteur du désir n’est apaisé que par la possession, et il a soif. N’avez-vous jamais expérimenté ce moment profondément révélateur ? Ce moment où la chose convoitée pendant des mois est enfin à vous… Elle est là, entre vos mains ! La clé de la voiture ou de la maison, la peau de cette femme si belle que tous vos amis convoitaient également, peu importe la chose, elle est à vous. Que se passe t’il en cet instant ? Le temps semble s’arrêter, on retombe en enfance, et plus rien d’autre n’a d’importance. On dort dans sa voiture durant trois nuits, on fait des photos de sa maison pour les publier sur Facebook, ou on formalise ce tout nouveau couple dont l’apparent rayonnement fait se retourner les gens dans la rue. Le temps s’arrête un temps, puis très vite, très vite on a peur qu’il redémarre…


Là est rompu le charme. Quand on se rend compte qu’on n’éprouve plus le besoin de dormir dans sa belle voiture, quand on a plus envie de prendre des photos de sa maison (quelle idée a d’ailleurs eue notre meilleur pote d’en acheter une plus belle que la notre ?), quand on se rend compte qu’on fait des pets sous les draps et que les gens ne se retournent plus sur notre couple dans la rue, le temps redémarre sa course. Mentalement, on fera impression de sagesse, en affirmant haut et fort que l’on est comblé. La belle voiture pourra durer dix ans, la maison pourra durer 100 ans, quand à notre femme, on ne sait pas, mais on est fidèle, tout en se surprenant à convoiter la femme du voisin… Vient alors l’ennui de l’habitude. Tout ceci n’est plus bien amusant, et un matin on prend conscience que ce qui nous manque, c’est le désir. Le désir ravive le feu à l’intérieur du Moi. Il est temps de changer la voiture, parce que nous allons avoir des enfants. Au pire, certains feront des enfants, pour changer de voiture, ou de maison. On travaille plus alors, on est courageux, on travaille tard. On croise sa femme au détour d’un trajet pour la nounou du matin, on ne se rend plus compte de ce qu’il se passe. On est ignorant d’une seule petite chose, et donc on en connait pas les bienfaits, parce qu’on ne l’a pas expérimenté. Cela est normal après tout, puisque tout enfant on nous infligeait déjà l’interdiction de le vivre : le détachement de l’extérieur. Il ne nous a été appris que le détachement de Soi, comme une interdiction de penser à Soi, au profit de l’image qu’auront les autres, de Nous. Alors on s’attache à ce qu’il nous faut posséder, et pour posséder un jour, il faut commencer par désirer.


Sur le chemin de la découverte du Soi, il y aura forcément cette longue traversée du désert. On pensera qu’il est mal de posséder quelque chose à soi, et en cela les occidentaux iront très loin. Certains se démuniront de tout, sans pour autant être clairvoyant sur ce qu’ils produisent. Décider mentalement de tout abandonner n’est pas être détaché émotionnellement, c’est se priver du droit légitime d’avoir par nécessité ou plaisir, mais sans désir. La notion de privation est engendrée par le désir, le désir est la source de la privation. Il y a là une dualité qui conduit à la souffrance, et non à la libération. Il y a là une chose à travailler en Soi, avec l’aide d’un coach, et avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi trop tard ? Car la privation conduit rapidement à la colère, et la colère à la haine…


La colère, la haine ou l’aversion

Que l’on soit animé par le désir permanent, ou par la privation contraignante, la vie ne trouve amputée de son essentiel : la joie. Au moins peut-on reconnaitre au désir la possibilité qu’il offre, parfois, d’atteindre la joie, ne serait-ce qu’un temps… ce que la privation n’offre quasiment jamais. Malheureusement, la joie de la possession ne dure qu’un temps, comme toute chose en ce Monde ne dure qu’un temps. La joie que déclenche la possession est une joie de l’ego, que l’ego retournera rapidement contre nous afin que l’on ne reste pas trop longtemps dans le non désir. Très vite l’objet ou la personne convoitée et obtenue deviendra la preuve qu’on peut avoir ce que l’on veut. L’argent donnera l’illusion de permettre cela, toujours mieux, toujours plus. Alors comme il aura forcément toujours mieux à obtenir, et que la croissance économique est la règle, on ne cessera jamais de vouloir mieux. Parfois même de n’avoir que « ça » alors qu’on mérite bien mieux allumera la mèche de la colère. Cela se fera au travers des filtres des blessures que chacun porte en lui tant que n’aura pas été fait le travail qui conduit à sortir de l’ignorance. On pourra trouver injuste de n’avoir qu’un appartement en HLM alors que d’autres ont une belle maison, on pourra se sentir rejeté par une personne, ou par un collectif, et finalement nourrir une aversion pour soi-même, et pour les autres. Je vois personnellement dans cet état une Source majeure de positif : lorsqu’est vécue cette dualité qui conduit à la colère, est souvent manifesté le besoin de comprendre, et donc d’apprendre. Nous avons actuellement tous les éléments réunis dans notre société, pour que soient massivement libérées les âmes perdues dans ce qu’elles ne comprennent plus. D’humiliations en trahisons, d’abandon de soi en rejet de l’autre, ce sont toutes les injustices de ce Monde que l’on prend en plein visage, et qui pourraient nous conduire à vouloir en finir, une bonne fois… pour toutes !

Le Bouddha a dit : « Vous ne serez pas puni pour votre colère, vous serez puni par votre colère. »

La colère est l’une des pires émotions qui soit. Elle fait son nid dans l’ignorance, et formante avec la haine tout ce qui est matière à détruire l’être créateur que nous sommes, et dont la destinée est de créer et d’enfanter la joie. Lorsque nous vivons cette colère en nous, comme la société tend à la vivre actuellement, il est peut être temps de s’interroger. Quel est notre pire bourreau ? De qui sommes-nous réellement les victimes ? Si l’on peut admettre le caractère illusoire de la joie fugace qu’engendre le paraître, peut-être avons nous déjà sans le savoir, la première clé qui nous permettrait de regarder en nous ce qui nous empêche d’Être.


Aussi sûrement que l’homme a appris à domestiquer le feu, pour finalement en comprendre tous les bienfaits et les dangers, il sera conduit à domestiquer ses émotions dans les temps que nous vivons. Ce qui durant des siècles était pourtant disponible, de connaissances et de savoirs simplement oubliés, ou cachés, est aujourd’hui à la portée de qui souhaite les décrypter avec humilité. Cela est souvent enfantin, un jeu d’enfant pour celle ou celui qui ravive à l’intérieur la joie de l’enfant qui dit « j’apprends ».

Merci pour votre lecture

Prenez soin de vous, chassez les poisons.

Denis Mourizard

*Le magnétisme, comme l'énergétique sont soumis à des prérequis sans lesquels l'efficacité est amoindrie. Ils ne dispensent pas, en outre, d'un suivi médical régulier.

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