L'attachement du chaser distant-évitant

Les chasers distants-évitants font de leur vie une quête perpétuelle d'indépendance. L'attachement est toujours mal vécu, et quasiment impossible. Leur vision d'eux-mêmes est celle d'un être totalement indépendant, capable de vivre ou survivre seul, quoi qu'il arrive. Cette vue d'elles-mêmes pousse ces personnes à développer un isolement systématique consécutif à toute forme de rapprochement émotionnel. L'enfant abandonne progressivement, et tout simplement son droit à ressentir des émotions. Les frustrations continuelles lustrent sans cesse les aspérités que représentent les émotions. La gestion de la peur d'abandon se fait au final, dans la vie adulte, par l'exclusion ou la mise à distance d'autrui, mais aussi par une économie quasi permanente dans le domaine de l'expression des sentiments.


La source de cette forme d'attachement* est une figure d'attachement qui, même si elle rempli parfaitement les besoins matériels essentiels de l'enfant, est totalement inexistante dès lors qu'il s'agit de remplir ses besoins affectifs et émotionnels. L'enfant ne reçoit qu'un renvoi aux différentes responsabilités de la vie lorsqu'il exprime ses émotions ou sentiments. Dans les faits, l'enfant n'a pas le droit d'exprimer le moindre besoin affectif. Précisons que ce besoin affectif peut être aussi relié à des envies, qu'elles soient matérielles, alimentaires, ou tout simplement liées au plaisir, comme le jeu par exemple.


Prenons l'exemple d'un enfant chaser qui demanderait un câlin à maman :

Quelques réponses possibles :

  • Est-ce que tu as fait tes devoirs ?

  • Il y a un temps pour toute chose, et là maintenant c'est le temps de mettre la table

  • Maman doit s'occuper de ton petit frère, on fera "ça" plus tard

  • Tu n'est plus une petite fille, tu es une grande fille

  • Tu es un garçon, et les garçons ne font pas de câlins (marche aussi avec les pleurs)

  • etc.

Prenons l'exemple d'un enfant chaser qui demanderait un jouet, ou une friandise :

Quelques réponses possibles :

  • Est-ce que c'est bien utile ?

  • Si tu réussi ton trimestre, on verra

  • Dis moi ce dont tu as besoin, je t'apprendrais à t'en passer

  • L'argent ça pousse pas sous les sabots d'un cheval

  • Le sucre c'est mauvais pour les dents. D'ailleurs, t'es tu brossé les dents ce matin ?

  • etc.

Le devoir et la responsabilité deviennent la norme et la fondation de son existence, pour maintenir un lien aussi proche que possible avec la figure d'attachement. Précisons que pour les parents du chaser, l'attachement émotionnel est vécu de la même façon que lui, ce qui explique qu'il reproduit avec le temps ce qui a été son seul point de repère fonctionnel. Cela crée des enfants d'une extrême maturité pour leur âge, indépendants comme beaucoup d'adultes ne le sont pas. Dans la vie de tous les jours, ils montrent une froideur glaçante face aux situations délicates, bien qu'ils soient en réalité très attentifs à ce qu'il se passe. C'est ainsi que le chaser met en place ce mécanisme de survie dans lequel il ne faut exprimer aucun besoin, jamais, pour maintenir le lien d'attachement avec son runner. Cela lui permet aussi de se raconter à lui-même, inconsciemment, qu'il est dans le contrôle de sa vie et que rien ne peut venir le mettre en danger. C'est évidemment faux, puisque s'il contrôle l'extérieur, il ne fait qu'occulter l'intérieur de lui-même, et notamment ses corps émotionnels. Nier ce que l'on ne voit pas ou ne ressent pas n'exclue en rien le fait que cela existe. On ne voit pas l'électricité, et pourtant...


Quelques signes évocateurs du chaser :

  • Évitement de la proximité ou de l’intimité

  • Ambivalence

  • Comportements méprisants

  • Attitude distante, parfois hautaine

  • N’aime pas dépendre des autres

  • Difficulté à être proche / Peur de la proximité

  • Garde ses distances

  • Manque d’émotion ou minimisation de l’expression des émotions

  • Difficulté à s’ouvrir notamment s’agissant de pensées privées

  • Faux-self

  • Repousse quiconque tente de trop s’approcher

  • Illusion d’auto-suffisance

  • Alexithymie (difficulté à exprimer ses émotions par des mots)

  • Trouve l’intimité relationnelle étouffante

  • Manque d’empathie et développe parfois un altruisme excessif

Dans la vie de tous les jours, le chaser évolue dans le cadre de fonctionnement qu'il a toujours connu. Il agit comme un dominant qui guide son groupe nomade dans des forêts hostiles. À chaque nouvel arrêt en forêt inconnue, il commence tout d'abord par sécuriser les lieux. Il nettoie ce qui doit l'être pour que tout soit propre et en mesure de permettre l'anticipation de toute problématique éventuelle. Il dresse les murs de protection et s'interdit d'en sortir, comme il interdira à quiconque a été accepté dans son groupe, d'en sortir. Dans la vraie vie, il met donc en place de façon totalement inconsciente des stratégies d'évitement qui n'ont pour seul et unique but que de couper tout lien affectif. Il coupe le lierre à la racine.


Quelques stratégies de désactivation de l’attachement du chaser :

  • Dit ou pense « je ne suis pas prêt à m’engager dans une relation » – et peut cependant rester des années avec la même personne

  • S’attarde sur les petites imperfections de son partenaire (sa façon de s’habiller, de parler, de manger…)

  • Pense encore à son ex et idéalise cette relation passée

  • Attend de rencontrer « LA bonne personne » idéalisée

  • Flirte avec d’autres personnes tant qu'il n'a pas décidé de s'investir dans la relation avec le runner

  • Ne dit pas « je t’aime »

  • S’éloigne de son partenaire quand tout va bien (suite à un moment agréable à deux, ne donne plus de nouvelles, ne répond pas aux messages…)

  • Se met dans une relation dont le futur est impossible – par exemple avec une personne mariée, ou qui vit dans un autre pays…

  • Pense à autre chose lorsque son partenaire lui parle

  • Garde des secrets et maintient le flou à leur sujet

Je souhaite terminer cet article par la précision suivante.

Une immense majorité de runners se prennent les pieds dans le tapis en raison de cet amalgame qui est fait entre l'évitant et le fuyant. Le mot "distant" aide à faire la différence, car le chaser met de la distance pour éviter d'entrer dans des situations qui le mettent mal à l'aise. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il ne fuit pas. Il ne fait que réagir aux pressions que lui met le runner en mettant de la distance. C'est ce qui explique que souvent, lorsque le runner reprend contact, le chaser agit comme s'il ne s'était absolument rien passé...


* le parent proche, généralement la maman

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