"Es-tu prêt(e) à la (le) perdre ?"

"Es-tu prêt à la perdre ?"

Ainsi me fut donnée cette question en pensée, voilà quelques années. J'étais en train de conduire, et mon esprit était bien occupé par tout ce que je vivais et qui déjà, avait un lien avec ma gémellité. Je ne savais point à l'époque quelle importance pouvait avoir cette simple question, qui de prime abord fut rejetée par mon mental.


Comment pouvais-je me dire que j'allais perdre l'objet de ma quête, avant même de l'avoir gagnée ? Alors perdu dans l'espace de ce Moi éclaté en autant d'étoiles que compte le ciel, je ne comprendrais que plus tardivement, jusqu'à écrire ici, sur le sujet. L'expérience de flamme jumelle est on ne peut plus reliée à toute réflexion que peut engendrer cette question, et pour cause.


On entend parler d'amour inconditionnel, tous autant que nous sommes aujourd'hui, dans la quête de cet absolu. Nous cherchons l'autre, avant de nous trouver nous-mêmes. Nous gravitons, tel des électrons autour d'un noyau d'atome, à une vitesse folle, telles que fusent nos pensées à l'assaut de nos blessures encore insoupçonnées, à l'intérieur de nous-mêmes. Nous oublions pourtant très vite le sens de tout cela.

Il y a quelques jours à peine, en pleine activité de mon quotidien, à nouveau cette pensée s'est invitée. Complétée. "Ne pas apprendre à la perdre est pour toi l'assurance de la perdre." Il y a aujourd'hui un fait évident : je ne suis plus celui que j'étais il y a 7 ans, lorsque la première question s'est invitée pour festoyer du trouble qu'en moi elle a engendré. J'ai tenté d'accrocher cette question et ses multiples réflexions associées à des croyances que je pensais réalités. Depuis, une chose étrange s'est passée : après plusieurs fausses jumelles (dont le nombre reste intime), et pour lesquelles je n'ai jamais réussi à envisager autrement que mentalement la possibilité de les perdre, tout à changé désormais.


Il y a cette personne là, devant moi, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, qui pulvérise et neutralise toute cette agitation mentale en moi. Toutes mes forces que je pensais acquises dans ma vie, toutes ces barrières que j'ai mis tant d'années à dresser, mes armes, mes stratégies de défense actives et passives, tout a volé dans un éclat assurément bouleversant. Se sentir tout petit face à une femme, se sentir et prendre conscience que je ne suis rien d'autre qu'un être, comparable à un électron, dans l'immensité d'un cosmos en perpétuelle mutation. Il y a tant d'années que je continue d'avancer, comme un soleil dans l'obscurité de moi-même, à porter, pousser, tirer, soulever, laisser tomber parfois, tout ce que la vie m'oppose, ou plutôt me présente, comme potentielles opportunités de me retrouver, MOI, bien que soumis aux LOIS.


J'ai beau faire ou beau dire, j'ai beau affirmer, j'ai beau valider, le voyage semble sans fin. Je suis comme électrocuté, soumis à une force intérieure qui pour la première fois me retient. Moi qui croyais maitriser les choses, dans une vie pourtant bien chargée en émotions, refoulées ou exacerbées… Je ne maîtrise plus rien. Je ne peux maîtriser mes sentiments, et il a vraiment fallu moins de temps encore que celui nécessaire à la compréhension mentale, pour que je me retrouve là, détruit non pas par l'extérieur, mais de l'intérieur. Depuis que je suis enfant, je ne croise que des gens qui savent. Je ne croise que des experts de la chose, qui passent dans mon ciel de vie comme des astéroïdes. Certains ont la luminescence d'étoiles filantes, d'autres le visage terrifiant d'un caillou au grands pouvoir destructeurs. Moi, depuis tout enfant, je ne cherche activement qu'une seule chose, jusqu'à m'éventrer vivant dans chaque nouvelle bulle de vie. Cette chose, c'est l'amour. Ce mot est tellement galvaudé que j'en suis même passé par en être dégoûté, jusqu'à me dérouter de mon chemin, de ma quête, de ma vérité.

J'ai cru en des mirages, j'ai acquis des connaissances, théoriques, et parfois de façon biblique. Je croyais savoir, mais je ne savais pas, jusqu'à ce qu'arrive cette femme, qui m'a littéralement replongé dans les eaux de mon océan intérieur. Plus que la prose apparente, ce qui importe est ce qui est sous-jacent : la perte de l'être cher. Cher, couteux, non pas en fiducies, mais en énergie. Pourquoi donc devoir la perdre, alors qu'il y a si peu de temps le soleil venait à peine de se lever, et qu'en comprenant sa course je le pensais déjà se lover, en moi, en elle, en nous ? Plus qu'une vie, ce sont "mes" vies qui sont ramenées, en ce présent que je veux le plus pur, le moins impactant et le plus aidant pour le monde qui m'entoure. Je n'ai jamais voulu faire mal, et de mes pensées acharnées, j'en ai récolté le mal. Faire mal, ou mal faire, la chose est la même. Plus je croyais aimer bien, et plus mal se terminait l'histoire. C'était un jour sans fin que je croyais enfin voir, se terminer.


J'ai connu la blessure du coeur, et je vous assure que cette blessure peut être mortelle. J'ai cherché les onguents de guérison, sans jamais "lâcher l'affaire" comme on dit. Parce qu'avec les années qui passent, on met les bouts de sa vie les uns derrière les autres. On voit pourquoi on est venu au monde, jumeau de sang endeuillé par le départ prématuré de sa moitié, pour finalement se retrouver à devoir accepter de perdre à nouveau la jumelle de son âme… Est-ce là le pont qui relie le ciel et la terre ? Est-ce là la réalité de cette lumière de vie décomposée en de multiples nuances ? De tout voir noir est terminé, de tout voir blanc est terminé. J'en suis encore à saigner, non pas des souffrances que je me suis infligées, mais d'un saignement sain qui délivre enfin la vérité. Je sais aujourd'hui ce que je n'ai jamais accepté d'intégrer. Pourtant cela m'a si souvent été dit, et enseigné. "Il faut savoir perdre pour gagner !". Ils le disent avec tellement d'aplomb qu'ils n'y croient pas eux-mêmes, la plupart du temps. D'ailleurs de quoi parlent ils ceux qui le disent le plus ? D'argent, de succès, d'affaires… Pour ce qui est de l'amour, ce sont ceux qui nous entourent, et qui pensent que pour nous sortir du trou, ou de la nuit noire de l'âme, il suffit de nous dire "Une de perdue, Dix de retrouvées !". C'est du pur Maïté (paix à son âme) ficelé dans un petit rôti d'insouciance, ou d'inconscience.

Je n'ai jamais su me dire que perdre était la solution. Jamais. Ce n'était pas pour gagner, non plus. L'amour n'est pas un combat, du moins c'est ce que je crois. Je n'ai jamais accepté de perdre l'amour de l'être aimé, et pourtant aujourd'hui que je l'ai trouvée, je peux l'accepter. Quelle est donc cette sorcellerie de l'âme qui me pousse à écrire cela ? Moi, l'homme qui veut porter cet espoir en chaque coeur, en chaque âme qui en ce jour se questionnent, s'interrogent, se fracassent aussi, dans les labyrinthes de leur expérience de jumeaux… Suis-je en train d'évoquer la perte de l'autre et d'ancrer la chose dans une inéluctable impossibilité matérielle ? Trois choses restent à dire.

La première est Soi, trois lettres, un mot, une seule vérité. Comment se voir, comment se percevoir sans que soit cultivé le pouvoir de lâcher ? Non pas lâcher l'autre, ce qui reviendrait à défier, la Source, le contrat, et la vie qui pulse dans cet amour là. Non, lâcher les peurs de perdre l'autre, jusqu'a savoir perdre l'autre. Parce que l'autre ne nous appartient pas, et ne nous appartiendra jamais, on ne peut perdre ce que l'on ne possède pas. Voilà l'illusion qu'un mental nous projette, et la chose est bien évidemment bien loin d'être une fête, pour lui, pour le MOI.

La seconde est Foi, trois lettres, une vie, dans la réalité. Si elle est bien ce que mon âme sait, il ne peut être autrement que le même fait, pour son âme qui donc serait la moitié, de la mienne. Là est la seule vérité après laquelle je courrais, dans chacune de mes relations passées, et passionnées. La vérité de l'autre, concordant avec ma propre vérité… Une chose qui ne peut se dérouler sans passer par la case de la réalité. Réalité du mental qui jamais ne veut lâcher. Le runner et ses peurs, le chaser et ses coups de chaleur… Bienvenue au théâtre des 1000 illusions, là où s'opère la déstructuration initiale et nécessaire. Tout calciner, pour qu'il ne reste de nous que la substantifique et essentielle matière, qui faudra ensuite purifier, totalement. Ne cherchez pas, nous y passerons tous, d'ailleurs nous y passons tous. Irrémédiablement, nous détruisons ce à quoi nous tenons le plus, le lien, puis nous-mêmes. En cela, l'autre n'a pas besoin de nous pour se détruire, il (elle) sait aussi très bien le faire. Le processus est on ne peut plus logique, mais reste à savoir combien de temps il va durer.

C'est là que le mental démontre son véritable pouvoir. Sur nos vies, sur nos coeurs, sur nos quêtes de vie. Ce qu'il y a a faire est on ne peut plus simple, et c'est aussi simple que deux êtres qui donnent la vie. Il n'est point besoin de pré-science pour cela, juste deux êtres, et deux principes Yin et Yang, masculin et féminin. Un homme et une femme, et BOOM, un bébé, lorsque Dame nature accepte d'oeuvrer… Tout est simple, et en matière de gémellité, d'amour et de quête d'unicité, rien ne saurait être plus simple si on acceptait simplement de lâcher. Lâcher nos pensées, nos peurs, nos croyances qui ne sont qu'inconstance. Prendre les éléments simples, pour reconstruire en conscience, avec une conscience simple, le Soi, puis le Moi, pour unir enfin les deux. Oui, ce n'est plus de l'humilité qu'il faut pour y arriver, c'est de la Foi.

La troisième est ROI, trois lettres, un titre, une destinée. À tout bon Roi, grande Reine, mais encore faudra t'il passer par l'Union. Or, ce qui fait un grand Roi n'est pas l'OR en soit, mais sa force et sa science qui font de lui l'alchimiste. Cette force qui refuse qu'en son royaume ne soit vécu que souffrances et guerres injustes. À bon Roi, bonnes âmes en son royaume, fidèles, épanouies et accomplies. On peut regarder le Roi, on peut regarder les vrais rois, ceux qui ont fait le bien autour d'eux, pour l'avoir accompli en eux-mêmes. Dans ces grands Roi, certains ont perdu leur Reine, dans d'affreuses souffrances, sans jamais se perdre aux yeux de toutes les âmes qui toujours, ont regardé en leur direction. Apprendre à perdre, et accepter de perdre semble être une solution, à défaut d'être la solution.


C'est à mes yeux ce qui compte le plus, au-delà de Moi, ou au-delà de Soi. Parce que l'âme maitrise l'au-delà, jusqu'à s'en moquer, elle est en cet instant la preuve de cela, en chacun de nous-mêmes. On peut aimer sans posséder, au-delà des idéaux, des idées ou des illusions. On peut aimer l'autre, en vérité, une vérité, la vraie, celle nichée au plus profond, non pas du mental, et même pas du coeur. Une vérité nichée au fin fond de l'âme. On peut aimer l'autre jusqu'à l'étape ultime de ce parcours : ne point prendre possession de sa vie, tout en maintenant l'équilibre en nous, pour être digne de progresser, vers la vie.


La vie pourrait s'arrêter demain, et la dernière des choses que je voudrais, c'est partir avec des regrets, de ne pas avoir vécu ce que la vie avait de bon, de beau, et de vrai.

Je ne peux rien, je n'ai pas les moyens de changer quoi que ce soit en qui que ce soit. C'est chacun qui en Soi-même peut faire le choix, avec discernement, de ce qu'il (elle) veut, ou pas. A refuser de perdre, je cherchais à posséder. Il me semble que quelque chose, quelque part, tente de nous chuchoter qu'il ne peut en être ainsi, jamais, et ce, pour des âmes qui ont si souvent perdu la vie dans leur passé, pour avoir tenté de sacraliser l'amour, ou simplement de le vivre…


DM

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